Mon arbre : une pratique créative pour trouver des appuis

Si vous étiez un arbre, lequel seriez-vous aujourd’hui ? Qu’est-ce qui vous aiderait à rester ancré dans la terre ? Et que vous manquerait-il pour grandir et vous sentir pleinement vivant ?

Parfois, les préoccupations quotidiennes nous font perdre de vue notre propre état intérieur. Nous continuons à accomplir nos tâches, à répondre aux messages, à soutenir les autres — et ce n’est que de temps en temps que nous nous demandons : « Et moi, comment est-ce que je me sens en ce moment ? Qu’est-ce qui me soutient ? »

Essayons d’explorer ces questions à travers le dessin. L’image de l’arbre deviendra une métaphore de soi et de sa vie : une manière d’être à l’écoute de ses sensations, de reconnaître ses besoins et de chercher des sources de soutien accessibles.

Il n’est pas nécessaire de savoir dessiner. Ce qui compte ici, c’est votre attention et le sens que cette image prend pour vous.

Matériel nécessaire : une feuille de papier, des crayons, des feutres ou de la peinture, ainsi qu’environ 20 à 30 minutes à vous consacrer.

Une petite précision : il s’agit d’une pratique créative pour prendre soin de soi, intégrant des éléments d’une approche art-thérapeutique. Le dessin n’a pas à être décrypté à l’aide de grilles toutes faites : la forme du tronc, la couleur des feuilles ou l’absence de racines ne disent rien, à elles seules, de votre caractère ou de votre état psychologique.

1. Faites une pause et sentez vos appuis

Installez-vous confortablement. Posez les pieds au sol ou trouvez une autre position dans laquelle votre corps se sent soutenu. Prenez conscience de la surface sous vous : le sol, la chaise, le fauteuil.

Si vous vous sentez à l’aise, fermez les yeux. Vous pouvez aussi les garder ouverts et laisser votre regard se poser sur un point devant vous.

Observez votre respiration. Il n’est pas nécessaire de la modifier tout de suite. Prenez quelques respirations calmes, à un rythme confortable, sans forcer ni retenir votre souffle.

Laissez vos épaules s’abaisser légèrement. Relâchez la mâchoire et les mains. Il n’est pas nécessaire de parvenir à une détente complète : il suffit de diminuer un peu l’effort là où c’est possible.

Sentez comment la surface sous vous accueille le poids de votre corps. Pour le moment, vous pouvez vous y appuyer un peu.

2. Imaginez vos racines

Imaginez que vos jambes se prolongent progressivement dans la terre, comme les racines d’un arbre. Elles s’étendent sur les côtés et en profondeur, trouvant de l’espace et des appuis.

Ne cherchez pas à visualiser cette scène avec précision. Une pensée, une sensation ou une image floue suffit.

Imaginez que ces racines vous permettent de recevoir ce qui est nécessaire à la vie. Vous n’avez pas à tout faire tenir par vos seuls efforts : vous pouvez avoir un sol qui vous soutient.

Tout en continuant à respirer calmement, demandez-vous :

Si j’étais un arbre en ce moment, à quoi ressemblerait-il ?

Ne vous précipitez pas pour choisir un arbre beau, fort ou « comme il faut ». Laissez émerger l’image qui se présente aujourd’hui.

Où pousse-t-il ? Quelle est la saison ? À quoi ressemblent son tronc, ses branches, sa cime ? Qu’y a-t-il autour de lui ? Y a-t-il d’autres arbres à proximité ?

Votre image ne ressemblera peut-être pas du tout à un véritable arbre. Cela convient aussi.

3. Dessinez votre arbre

Lorsque vous vous sentez prêt, ouvrez les yeux et transposez cette image sur le papier.

Ne réfléchissez pas trop longtemps à la composition ou à la qualité artistique. Vous pouvez dessiner de manière schématique, changer les couleurs, laisser des espaces vides, ajouter des mots. Votre arbre n’a pas besoin de participer au concours du meilleur arbre de l’année. Il est déjà magnifique tel qu’il est.

Essayez de prêter attention au processus lui-même : quelles lignes avez-vous envie de tracer, quels matériaux souhaitez-vous choisir, sur quoi avez-vous envie de vous attarder ?

Si aucune image ne vient, commencez par un trait, n’importe lequel. L’arbre peut apparaître au fil du dessin. Faites-vous confiance.

4. Demandez-lui : « Arbre, de quoi as-tu besoin ? »

Posez votre crayon et regardez le dessin.

Quelles émotions suscite-t-il ? Cet arbre vous plaît-il ? Avez-vous envie de vous en approcher, de le protéger, de changer quelque chose ? Peut-être ressentez-vous de la tendresse, de la tristesse, de l’irritation, du calme — ou encore rien de bien défini.

Si l’arbre ne vous plaît pas ou vous semble vulnérable, essayez de suspendre un instant votre jugement et de vous adresser à lui avec curiosité :

Que t’arrive-t-il ?

Que te manque-t-il ?

Qu’est-ce qui t’aiderait à te sentir plus stable ?

De quoi as-tu besoin pour grandir et t’épanouir ?

Peut-être a-t-il besoin d’eau, de lumière, d’une terre plus nourrissante, d’espace pour ses racines, d’une protection contre le vent ou de la présence d’autres arbres. Peut-être a-t-il besoin de repos : d’un temps où il n’est pas nécessaire de fleurir ni de porter des fruits. Peut-être votre arbre manque-t-il d’autres arbres ou de fleurs à ses côtés, ou même d’un chariot de glaces ? Ne limitez pas votre imagination ; laissez votre inconscient s’exprimer.

Soyez à l’écoute des associations qui vous viennent. La réponse peut prendre la forme d’un mot, d’une sensation, d’une image ou de l’envie d’ajouter quelque chose au dessin. Si aucune réponse ne vient pour l’instant, donnez-vous du temps.

Si votre arbre vous plaît déjà, vous pouvez poser la question autrement : « Qu’est-ce qui te soutient ? Comment puis-je prendre encore davantage soin de toi ? »

5. Ajoutez ce qui soutient

Vous pouvez maintenant modifier le dessin, si vous le souhaitez.

Dessinez ce dont l’arbre a besoin : de la pluie, du soleil, de la terre, une clôture, d’autres plantes. Ajoutez de la couleur, agrandissez l’espace autour de lui. Si vous en avez envie, dessinez une nouvelle version sur une autre feuille.

Pendant que vous dessinez, demandez-vous :

Qu’est-ce que cela me fait de donner à cet arbre ce dont il a besoin ?

Qu’est-ce qui change dans mon regard sur lui ?

Comment est-ce que je me sens à cet instant précis ?

6. Regardez à nouveau le dessin

Sentez de nouveau la surface sous vos pieds et les appuis sous votre corps. Prenez quelques inspirations et expirations calmes.

Regardez votre arbre.

Que ressentez-vous maintenant ? Quelque chose a-t-il changé dans votre corps : les tensions, la respiration, la position des épaules ? Quelles pensées sont apparues ?

Vous n’avez pas à ressentir nécessairement du soulagement. Vous pouvez remarquer de la fatigue, de la tristesse, des émotions mêlées ou une absence de changement. Cela fait aussi partie de votre expérience d’aujourd’hui.

Si l’exercice devient désagréable, vous pouvez vous arrêter, regarder autour de vous et reprendre vos activités habituelles. Il n’est pas nécessaire de vous forcer à continuer.

7. Faites le lien avec votre vie quotidienne

Prenez une autre feuille ou un carnet et complétez quelques phrases :

  • Aujourd’hui, mon arbre…

  • Il reçoit déjà du soutien de…

  • Il lui manque…

  • Lorsque j’ai ajouté ce dont il avait besoin, j’ai ressenti…

  • Dans ma vie, cela me fait penser à…

  • Un petit pas que je peux faire pour me soutenir serait de…

Essayez de relier la métaphore à quelque chose de concret. Que représente « l’eau » pour vous : le repos, le sommeil, la créativité, une conversation ? Qui ou qu’est-ce qui constitue votre « terre » ? De quelle protection avez-vous besoin en ce moment ? Où aimeriez-vous avoir davantage d’espace ?

Choisissez un petit pas à votre portée : demander de l’aide, vous accorder du temps pour vous reposer, retrouver une activité que vous aimez, poser une limite ou prévoir une rencontre avec une personne auprès de laquelle vous vous sentez bien.

Il n’est pas nécessaire de changer toute votre vie d’un seul coup. Vous pouvez commencer par une action qui répond au besoin que vous avez identifié.

Peut-on faire cet exercice ensemble ?

Oui. Vous pouvez proposer cet exercice à un proche, dessiner chacun votre arbre, puis partager vos impressions — si vous en avez tous les deux envie.

Laissez la personne qui a réalisé le dessin raconter elle-même ce qu’il signifie pour elle. Plutôt que de proposer des interprétations, essayez de demander : « Qu’aimerais-tu raconter à propos de ton arbre ? » ou « De quel soutien a-t-il besoin ? »

Vous pouvez aussi garder votre dessin pour vous. Une expérience personnelle n’a pas nécessairement à être racontée aux autres.

Qu’en dit la science ?

Les recherches donnent des raisons de s’intéresser au dessin comme moyen de prendre soin de soi. Dans une petite étude menée par Kaimal et ses collègues (2016), le taux de cortisol salivaire de 39 adultes a été mesuré avant et après 45 minutes d’activité artistique. En moyenne, ce taux a diminué après la séance. Une préparation par une respiration calme repose également sur des bases scientifiques. Une revue systématique de Zaccaro et ses collègues (2018) décrit des liens entre la respiration lente, des modifications de la régulation du système nerveux autonome et des indicateurs de détente et d’état émotionnel. Les auteurs soulignent toutefois l’hétérogénéité des méthodes et la nécessité d’études plus rigoureuses.

Ici, l’arbre sert de métaphore pour réfléchir à soi. L’intérêt possible de cette pratique réside dans la possibilité de faire une pause, d’exprimer son état intérieur à travers une image et de se poser cette question : « De quels appuis ai-je besoin maintenant — et lesquels puis-je m’offrir ou demander aux autres ? »

Si vous avez besoin d’aide pour trouver vos appuis, prenez rendez-vous pour une consultation psychologique.

Mon arbre : une pratique créative pour trouver des appuis
Psychologue FSP à Genève – Daria Grigoryeva-Reverdin

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